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Art cruel, la formule est belle. L’attention est réveillée. L’oreille et le regard sont attirés. Curiosité et rejet sont à l’œuvre.


La présente exposition s’inspire d’un projet conçu en 1937 par la galerie Billiet-Vorms en collaboration avec Jean Cassou (futur directeur du Musée national d’art moderne de 1948 à 1965), et intitulé L’Art Cruel.


Ce titre sonnait comme celui d’un manifeste, affirmant la nécessité de se mobiliser face à une inquiétante actualité internationale – Guerre d’Espagne et montée du fascisme – à travers un art « cruel envers la réalité », pour reprendre les termes de Jean Cassou dans le catalogue. Une cruauté appliquée « à l’observation du réel », une cruauté positive « toute pleine de rage, d’horreur et d’indignation »¹. Parmi les artistes participant : Pablo Picasso, Salvador Dali, Erwin Blumenfeld, Georges Rouault, André Fougeron, Francis Gruber, George Grosz, André Masson, Frans Masereel…


La majorité des œuvres exposées étaient des témoignages de la cruauté humaine. Mais beaucoup comportaient un aspect comique, et certaines allaient jusqu’au fond du spectacle pour révéler des ressorts secrets relatifs à la sexualité, aux liens entre pouvoir et virilité, aux rapports de forces entre les êtres, et plus largement à la condition humaine.

C’est à la même époque, au fil des années 1930, qu’Antonin Artaud écrit son propre manifeste Le Théâtre de la cruauté. Il en appelait à un théâtre capable de mettre la sensibilité « en état de perception plus approfondie et plus fine ». Le choix du mot « cruauté » lui sera alors reproché, tant il générait de malentendus et d’ambivalence. Néanmoins, son propos sur l’art influencera² les peintres que nous défendons, et – de même que l’exposition L’Art Cruel de la galerie Billiet-Vorms – il relevait d’un appel à réagir : « Il s’agit de savoir ce que nous voulons. Si nous sommes tous prêts pour la guerre, la peste, la famine et le massacre nous n’avons même pas besoin de le dire, nous n’avons qu’à continuer »³.

Notre exposition d’aujourd’hui évoque comment des préoccupations similaires à celle des années 1930 se sont traduites dans la peinture des années 1960 et au-delà. De nouveau, les œuvres montrées sont à double face. Dures mais pas morbides, violentes mais drôles, tragiques mais énergiques.

Déjà en 2022, Claire Stoullig, en écho à l’initiative de Jean Cassou, avait organisé une exposition Art cruel au Musée Jenisch de Vevey (Suisse), qui avait attiré un public jeune et diversifié. Dans le catalogue, son texte ainsi que celui de l’écrivain Luc Lang évoquaient les formes de représentation de la cruauté en art et dans le monde des images, du Moyen Âge à nos jours. Ils questionnaient également nos rapports troubles avec l’acte de cruauté.

¹ Texte de Jean Cassou pour le catalogue de l’exposition L’Art Cruel, reproduit dans : François Moulignat, « L’Art Cruel », Cahiers du Musée national d’art moderne, n°9, spécial exposition Paris-Paris, 1937-1957, 1982.
² Tout récemment encore, une exposition Theatre of Cruelty, conçue par la commissaire Agnes Gryczkowska, s’est tenue au Casino Luxembourg – Forum pour l’art contemporain, Luxembourg, 15/11/2025 – 08/02/2026.
³ Antonin Artaud, Le théâtre et son double, Gallimard, Paris, 1938.

Exposition du 21 février au 30 avril 2026

Du mardi au samedi, de 11h à 19h

Lien vers le dossier de présentation de l'exposition

Créée en 2019, la galerie Kaléidoscope défend des artistes ayant marqué la seconde moitié du XX ͤ siècle et accompagne des créateurs «d’aujourd’hui», en suscitant des endroits de mise en perspectives et de dialogue entre les générations.


Nous présentons tout particulièrement des peintres, actifs sur la scène artistique parisienne dans les années 1960 et 1970, et venus pour la plupart des quatre coins du monde, pour former une véritable avant-garde figurative.
 

Sur la base de collaborations étroites avec les estates, les musées et les historiens de l’art, nous avons le souhait de remettre en lumière ce formidable foisonnement de la peinture figurative à Paris, communément appelé "Nouvelle figuration".

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